Lettre IX
L'entretien avec la Reine de GA
Monsieur,
Je suis désolée de ne vous écrire que maintenant mais ce fut un véritable enfer pour avoir un rendez vous avec la Nouvelle Reine. Vous savez comme je suis à cheval sur la bienséance, il fallait donc que je rencontre le premier rang de notre monarchie pour mener notre début d'enquête. Eh bien je suis partie en croisade.
Il a fallu que je traverse maintes fois le tout Paris pour réussir à trouver quelqu’un susceptible de me renseigner sur où je pourrais trouver la Reine. Après avoir trouvé ce badaud, il a fallu que je trouve le moyen d’avoir un rendez vous. La Reine ne reçoit que rarement. Finalement j’ai réussi, après moult sacrifices, soyez en sûr, à avoir un créneau d’une petite heure pour approcher la Reine.
La Reine m’est apparue comme une personne bien pauvre finalement !
Nullement l’étoffe d’une Reine, peut être à la limite l’étoffe d’une Première Dauphine mais qui n’est pas promis à un destin aussi fort et important que celui de Reine. Elle veut vaincre comme femme et non point comme Reine ; ses petits triomphes féminins comptent plus pour elle que sa couronne (« Avez-vous vu comment, l’autre soir, j’ai mouché l’Ex Reine Mayhem ? Cette vieille bécasse se questionnera avant de me lancer des perches comme ça ! » ai-je même du supporter d’entendre de sa bouche royale !!)
Son esprit dissipé n’a pas su donner à l’idée monarchique un contenu, mais seulement une éventuelle et hypothétique forme qui se voudrait parfaite. La grande tâche qu’elle a à accomplir se réduit entre ses mains à un jeu éphémère, et la nouvelle dignité de son rang à un rôle théâtrale. Etre Reine pour elle, c’est être la femme la plus admirée, la plus coquette, la mieux parée, la plus adulée et avant tout la plus gaie de la cour ; c’est être l’arbitre des élégances, celle qui donne le ton à cette société homosexuelle très peu raffinée qu’elle prend pour l’univers.
Sur la scène privée des soirées mondaines, suspendue au dessus d’un abîme, comme un pont de fleurs japonais, elle joue de sa trentaine bien dépassée, éprise d’elle-même, avec du charme, certes, mais bien peu de grâce, le rôle de vedette, de Reine du rococo. Mais qu’il est pauvre le répertoire de cette comédie mondaine. Quelques petites coquetteries éphémères (elle a montré la mouche qu’elle avait collé sur son ventre à tous les participants d’une soirée), quelques minces intrigues (la Princesse Dorothy a-t-elle finalement réussi à dilater son anus ?), très peu d’esprit, beaucoup de danses. Au cours de ces jeux et badinages, elle n’a pas de vrais partenaires, pas un véritable roi, pas de héros à ses côtés, rien qu’un auditoire de salopes et de blasés, toujours le même. Mais cette femme aveuglée n’abandonne pas son rôle puérile et mesquin de première Dame de la monarchie et ne se lasse pas d’éblouir son cœur insensé par de nouvelles futilités.
Je ne suis pas sûr qu’elle s’aperçoive de la grave erreur qu’elle a commise en changeant son rôle de second plan, qui lui allait, somme toute, assez bien. Sa faute, son indéniable faute, est d’avoir abordé avec une frivolité sans pareille la tâche la plus lourde de notre monarchie, avec un cœur léger, le rôle de Reine.
Il faut dire que tout est fait pour que cet esprit futile ne soit pas encombré. Cette œuvre, nous la devons aux courtisans qui ont su déceler chez cette Reine son étonnante et voyante cupidité et s’en servir. Experts, plus qu’experts dans la séduction et la dépravation de l’âme, les courtisans attirent aussitôt dans leur cercle magique ce vieux cœur vérolée de nouvelle Reine inexpérimenté. Dès le premier jour de son règne, la Reine est portée au pinacle et plane dans un nuage de flatteries, de sexe facile et de foutre à volonté. Ce qu’elle dit est spirituel, ce qu’elle fait est la loi, ce qu’elle désire est exaucé. A-t-elle un caprice que le lendemain ce caprice est devenu une mode. Fait-elle une sottise que toute la cour l’imite avec enthousiasme.
Sa présence est le soleil de cette foule vaniteuse, ambitieuse, en mal de sexe et prête à tout pour déflorer cette Reine qui se veut vierge et pure alors que tout le monde sait qu’elle n’est que bêtise et perversion. Son regard est un cadeau, son sourire une faveur, son arrivée une fête ; lorsqu’elle reçoit, toutes les dames, les plus jeunes comme les plus âgées, les plus anciennes comme celles qui viennent d’être présentées, les plus dévergondées comme les plus prudes, toutes font les efforts les plus désespérés, les plus comiques, les plus ridicules, les plus fous, pour attirer sur elles, à tout prix, ne fut ce qu’un instant, l’attention de la Reine, pour obtenir une politesse, un mot, ou tout au moins être remarquées, ne pas passer inaperçues.
Lors de mon entretien, il a bien évidemment fallu que je me conforme à cette lubie érigée en règle générale, pour attirer sur moi la bienveillance puérile et gâtée de cette non Reine en plein exercice. La pirouette fut difficile, Monsieur, tant je n’aime pas cette personne et tant l’accession et l’exercice qu’elle fait du trône me déplaisent et me hantent jusque dans mes nuits.
Après nombreuses flatteries sur ses habits (d’un goût plus que douteux) et sur son teint qu‘il a fallu que je dépeigne comme « d‘une rosée magnifique » , je l’ai questionnée sur cette veillée funèbre à laquelle j’avais pu la voir. Je lui ai parlé de l’esprit de Madame, de son rôle, de son gode.
J’ai essayé de lui arracher quelques informations. Mais son esprit est comme ce qu’elle fait de la couronne, un étrange vide. Rien n’est ressorti de cet entretien. Elle n’a rien vu, rien n’entendu, trop attentionnée à essayer de comprendre ce dont lui entretenait la Princesse Champagne, trop attentionnée à vérifier si elle avait enlevé tous ses cheveux blancs ou si encore son pli de pantalon était toujours en place.
Un mois pour récolter qu’une seule et futile information, Dorothy aurait un problème d’anus. Imaginez vous, Monsieur, ma désespérance ?
Je vais donc continuer mon enquête. Je vais essayer d’avoir un rendez vous avec l’Ex Reine Irina. Je vais me rendre dans son BHV (le Bordel de l’Hôte Valeureux) rapidement pour essayer de la croiser et éventuellement solliciter un rendez vous.
Avec toute ma profonde amitié,
Melle de Ragnoute-lès-Choucroutes, ex Première Dame de Chambre de feue la Princesse Roseline.
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11/10/07 - 23:31
et ? on peut pas dire que vous soyez tres tolerant mon cher ! Chacun a le droit d'envisager son role comme il l'entend ! relisez les obligations des fonctions !
philou10eme